Polluants dans l’air : un écologiste veut taire les études qui nuisent aux causes sociales
Les chercheurs devraient-ils orienter leurs travaux pour soutenir les causes citoyennes et la justice environnementale, voire ne pas publier les résultats qui pourraient favoriser les intérêts industriels? C’est la question controversée soulevée par le militant écologiste Daniel Green lors du premier colloque de l’Observatoire national sur les incidences des émissions de contaminants sur la santé et l’environnement (ONICSE) à Rouyn-Noranda. Daniel Green, coprésident de la Société pour vaincre la pollution, a donné l’exemple du mémoire de maîtrise d’Émilie Telmosse, qui a étudié ces dernières années la contamination métallique d’une vingtaine de potagers urbains à Rouyn-Noranda. Émilie Telmosse, dont les conclusions de recherche continuent d’évoluer, a conclu que les carottes, les tomates et les feuilles de laitue étudiées dans les potagers ne comportaient pas de risques toxiques pour la santé. Le risque de développer un cancer en les consommant est quant à lui jugé Daniel Green va même jusqu'à suggérer aux chercheurs d'éviter de produire des travaux redondants qui aboutiront à des résultats nuancés et modérés, comme ceux obtenus par Émilie Telmosse. Daniel Green promet de surveiller étroitement les travaux de l'ONICSE. Il croit que la recherche doit se faire «avec et pour les citoyens». Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier Plusieurs chercheurs sont rassemblés cette semaine à Rouyn-Noranda pour discuter des plus récentes études sur les rejets de contaminants émis par la Fonderie Horne, une propriété de Glencore. Émilie Telmosse a étudié durant deux ans des potagers urbains de Rouyn-Noranda pour répondre aux inquiétudes de plusieurs citoyens et les aider à faire des choix éclairés. Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier Présente au colloque, Mme Telmosse a exprimé son désaccord envers la position de M. Green tout en reconnaissant les risques d’instrumentalisation de la recherche scientifique. Selon les travaux d'Émilie Telmosse, les feuilles de laitue, les carottes et les tomates étudiées dans les potagers ne comportaient pas de risques toxiques pour la santé. (Photo d'archives) Photo : iStock Si la plupart des panélistes insistent sur l’importance de préserver la neutralité et la rigueur de la recherche, quelques-uns enjoignent aux chercheurs de soutenir les causes citoyennes et la justice environnementale, au point d’orienter leurs travaux dans cette optique. Étudiant au doctorat à l'UQAM, Antonin Landa est captivé par les impacts sociétaux que peut avoir la recherche scientifique. Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier Étudiant au doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), M. Landa s’apprête à étudier la contamination polymétallique relâchée par la Fonderie Horne sur les poissons de Rouyn-Noranda. Il pense que les chercheurs doivent avoir une En entrevue, Daniel Green persiste et signe. Il espère que les travaux financés par l’ONICSE contribueront à protéger les droits des citoyens, la Le militant écologiste estime que cette injonction revêt une importance capitale dans le contexte rouynorandien, où un recours collectif s’est ouvert pour dénoncer le M. Green presse à ce titre les chercheurs d’impliquer directement les citoyens dans les études scientifiques qu’ils mènent. J’aime me définir comme un observateur de l’observatoire. Eux, ils regardent, moi, je les regarde. L’important, c’est que les victimes soient intégrées dans le processus de recherche pour documenter la contamination de la région. Pour la professeure Cathy Vaillancourt, ce qui compte, c’est la façon dont les données sont présentées et divulguées au grand public. La professeure Cathy Vaillancourt estime que nous avons très peu de données sur l'exposition des populations humaines aux métaux lourds et aux éléments rares émis par la Fonderie Horne.
Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier Elle espère notamment que l’Observatoire national sur les incidences des émissions de contaminants sur la santé et l’environnement contribuera à pourvoir des angles morts de la recherche, comme l’absence de données sur les expositions des populations humaines aux métaux lourds et aux éléments rares émis par la Fonderie Horne. Le gouvernement du Québec a annoncé la création de l’ONICSE en 2023. Cela fait suite à la plus récente autorisation ministérielle de la Fonderie Horne, qui fixe notamment les cibles à atteindre pour les émissions d’arsenic.non significatif
. Il peut grimper à un seuil dit tolérable
en certaines situations
. Selon la jeune chercheuse, ce risque tolérable
est largement contrebalancé par les bienfaits que peuvent procurer les potagers urbains.
Vous avez le choix de décider quelle preuve va être présentée et comment elle va l'être [...] Quand vous voyez un programme de recherche, pensez comme un avocat de la Fonderie Horne. Il faut se demander comment cette science va être utilisée contre la justice sociale
, a-t-il soutenu publiquement.Soutenir ou non les mobilisations citoyennes et sociales

Chacun a droit à son opinion, souffle la biologiste de formation. Je ne suis pas en désaccord avec ce qu’il amène. Ce n’est pas faux que la science puisse être utilisée à tort et à travers [...] Par contre [mes recherches] amènent quand même certaines réponses à la préoccupation initiale des citoyens. Il y a un point positif à souligner : ils peuvent être plus tranquilles quant à leur consommation de légumes urbains.

Pour moi, on doit s’en tenir aux meilleures méthodologies, c’est-à-dire les plus rigoureuses
, lance d’emblée Cathy Vaillancourt, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique et directrice du réseau Communautés rurales et éloignées en santé.Il faut aussi analyser les données de la façon la plus rigoureuse possible, ajoute-t-elle. Je ne peux pas changer ça. Je ne modifierais pas ça pour que les données disent quelque chose que je ne m’attendais pas qu’elles disent.
Je comprends ce qu’il [Daniel Green] veut dire, renchérit le chercheur Antonin Landa. Si on fait des études scientifiques qui ne révèlent pas une énorme toxicité, notamment avec les fruits et les légumes qui poussent dans les potagers, ce sont des arguments qui peuvent être utilisés dans des procès et des batailles juridiques. Pour autant, je pense que la science doit quand même brasser le maximum de choses possibles.

neutralité forte
pour éviter que les résultats soient influencés de près ou de loin
par leurs a priori.Observer les observatoires
preuve scientifique et logique
ayant selon lui déjà largement démontré les méfaits des polluants de la Fonderie Horne.Il faut échantillonner de façon intelligente, insiste-t-il. Il ne faut pas faire des choses où on sait que les résultats ne seront pas probants. C’est une perte de temps et d’argent public. Il ne faut pas que la science nuise, il faut que la science aide à protéger les citoyens.
préjudice moral
que causeraient aux populations locales les activités de Glencore et l’inaction de Québec.Ça va obliger certains scientifiques à changer leur façon d’agir [...] Si des scientifiques ne sont pas contents parce qu’ils veulent avoir l’indépendance scientifique, ils peuvent aller étudier ailleurs. Il y a beaucoup d’autres endroits contaminés dans le monde qui peuvent bénéficier de leur science
, complète-t-il.Mieux communiquer
Juste le fait d’avoir un observatoire financé, c’est déjà une reconnaissance du gouvernement et des fonds de recherche du Québec. Ça met en lumière que l’Abitibi-Témiscamingue existe [...] Je suis plutôt du style optimiste. Je suis persuadée que ça va faire des changements
, indique-t-elle.
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